LeBurundi s’est réveillé sous le signe d’une crispation sécuritaire inhabituelle, symptôme d’un malaise bien plus profond qu’un simple impératif de contrôle de l’ordre public.
Depuis l’aube, les principaux axes routiers du pays sont placés sous un maillage policier d’une densité exceptionnelle, transformant routes nationales et carrefours stratégiques en zones de suspicion permanente. Bus de transport en commun immobilisés, véhicules privés systématiquement fouillés, passagers contraints de décliner leur identité : tout concourt à une traque méthodique dont la cible ne fait désormais plus de doute : les militaires en fuite.
Cette chasse à l’homme, menée à ciel ouvert, vise à contenir une vague de désertions sans précédent qui frappe de plein fouet les Forces de défense nationale du Burundi depuis l’annonce d’un déploiement contraint vers l’est de la République démocratique du Congo .
L’ordre présidentiel, attribué au chef de l’État Évariste Ndayishimiye , d’envoyer plusieurs bataillons en renfort dans les zones frontalières de Gatumba , face à l’avancée de l’ AFC/M23 aux abords d’ Uvira , a agi comme un révélateur brutal.
Loin de susciter l’adhésion attendue, cette directive a rencontré une résistance silencieuse mais massive au sein des rangs. Des soldats ont déserté leurs unités, choisi la clandestinité ou tenté l’exil vers les pays voisins, préférant l’incertitude de la fuite à la certitude d’un front perçu comme mortifère.
Ce refus d’obtempérer, inédit par son ampleur, fragilise l’autorité de l’état-major et met à nu les fissures d’une chaîne de commandement désormais contestée jusque dans ses fondements.
Désagrégation morale et aveu d’impuissance étatique
Les témoignages émanant des unités encore en mouvement dressent le tableau accablant d’une armée minée par le doute, la peur et la désorganisation. Des pelotons entiers se disloquent en cours de route, n’atteignant leur destination qu’à effectif réduit, sans explication officielle ni justification opérationnelle.
Ces disparitions, rapportées par des militaires toujours en service, traduisent moins un désordre circonstanciel qu’une déliquescence morale profonde. Les pertes humaines enregistrées lors des précédents affrontements avec l’AFC/M23 ont laissé une empreinte durable sur les consciences, alimentant une défiance croissante envers des engagements perçus comme improvisés et sacrificiels.
Face à cette hémorragie, la réponse de l’État burundais s’inscrit dans une logique autoritaire et coercitive. Le pays se transforme en un vaste espace sous surveillance, où chaque déplacement devient suspect et chaque citoyen un déserteur potentiel.
Mais cette démonstration de force, loin de restaurer la cohésion, sonne comme un aveu d’impuissance politique et militaire. En substituant la contrainte à la conviction, la traque à la discipline consentie, le pouvoir révèle l’ampleur de la crise de confiance qui l’oppose à une partie de sa propre armée.
Ce qui se joue ici dépasse largement la question d’un déploiement extérieur : c’est la crédibilité même de l’institution militaire et, par ricochet, celle de l’État qui vacille sous le poids de ses contradictions.



