En rappelant que « la crise actuelle est essentiellement congolaise » et qu’« externaliser ses causes revient à ne s’attaquer qu’aux symptômes sans jamais traiter le mal », Corneille Nangaa, dans ses vœux adressés aux Congolais le 31 décembre 2025, a posé des mots à la fois mesurés et incisifs sur une réalité que beaucoup continuent de feindre d’ignorer.
Par cette déclaration, c’est toute une architecture de déni institutionnalisé qui est pointée du doigt : celle d’un régime plus prompt à désigner des boucs émissaires au-delà des frontières qu’à affronter lucidement les impasses de sa propre gouvernance.
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La tentation est grande, pour un pouvoir fragilisé par l’inefficience, la corruption systémique et l’effritement de l’autorité publique, de détourner le regard des responsabilités internes en brandissant des menaces extérieures comme explication unique et commode.
Cette habitude d’externaliser les problèmes, devenue une véritable méthode de gouvernement, permet de substituer à l’analyse des échecs une rhétorique victimaire ; de préférer l’invective diplomatique à la réforme courageuse ; et de masquer, sous le fracas des déclarations, la profondeur des fractures sociales, politiques et sécuritaires qui déchirent le pays.
Qualifier cette démarche de « stratégie mensongère » n’est donc pas exagéré : elle traduit une volonté délibérée d’occulter l’origine endogène des crises récurrentes, qu’il s’agisse de la faiblesse des institutions, du clientélisme systématique, de l’instrumentalisation identitaire ou de l’abdication de l’État face aux prédations économiques et aux abus de pouvoir.
En désignant l’autre comme seul responsable, le régime se décharge de l’obligation la plus élémentaire : rendre des comptes à la nation pour les mandats qui lui ont été confiés.
Il est temps de rompre avec ces subterfuges rhétoriques. Aucun redressement durable ne pourra émerger de l’esquive et du mensonge d’État. La paix véritable, la stabilité et la dignité nationale ne s’obtiendront ni par l’invocation répétée de menaces extérieures, ni par la perpétuation d’une propagande commode, mais par la lucidité politique, la restauration de l’autorité morale des institutions et l’engagement résolu à réformer ce qui doit l’être.
En rappelant que la crise est d’abord congolaise, Corneille Nangaa invite, en creux, à un sursaut de responsabilité : regarder la nation en face, reconnaître ses dysfonctionnements et admettre que nul horizon de renaissance ne s’ouvrira tant que le pouvoir persistera à maquiller ses propres défaillances sous le voile trompeur d’une agression perpétuellement invoquée.
C’est à ce prix seulement que la parole publique retrouvera sa crédibilité et que l’espérance du peuple cessera d’être confisquée par les artifices d’un discours sans lendemain.



