Face à l’aggravation de la crise humanitaire liée à l’afflux massif de réfugiés congolais, le président burundais Évariste Ndayishimiye a exhorté la République démocratique du Congo à prendre pleinement en charge ses citoyens déplacés. Il a rappelé que le Burundi, déjà confronté à d’importantes contraintes économiques, ne dispose pas des moyens suffisants pour faire face seul à une telle situation.
Ces derniers mois, des dizaines de milliers de civils ont fui les violences persistantes dans la province du Sud-Kivu, provoquées par les affrontements entre la coalition AFC/M23 et une alliance regroupant les forces armées congolaises (FARDC), les milices Wazalendo, des éléments burundais ainsi que le FDLR. Si une relative accalmie sécuritaire a été observée dans certaines zones d’Uvira, de nombreux déplacés qui tentaient de regagner la RDC se sont heurtés à la fermeture de la frontière, décidée par les autorités burundaises pour des raisons de sécurité et de gestion humanitaire.
Dans une interview accordée à la journaliste Hariana Verás Victória, réputée proche des cercles du pouvoir à Kinshasa, le président Ndayishimiye a estimé que le gouvernement du président Félix Tshisekedi devait intervenir sans délai. « Je ne les considère pas comme des réfugiés au sens strict, mais comme des personnes déplacées, fuyant un ennemi qui attaquait la RDC, et non leur propre gouvernement », a-t-il déclaré, soulignant ainsi la responsabilité première de l’État congolais envers ses ressortissants.
Le chef de l’État burundais a également attiré l’attention sur les conditions de vie préoccupantes dans les camps. Si une partie des déplacés a pu être accueillie par des familles burundaises, beaucoup d’autres, sans attaches locales, survivent dans des camps surpeuplés où l’accès à l’eau potable, aux soins de santé et à l’hygiène reste extrêmement limité. Des rapports font état de plusieurs décès déjà enregistrés, dus à des maladies liées à l’insalubrité.
Ndayishimiye a, par ailleurs, appelé la RDC à mobiliser ses partenaires internationaux et les organisations humanitaires afin de renforcer l’assistance aux populations déplacées. « Le Burundi ne peut pas porter seul le poids de cette crise », a-t-il insisté, plaidant pour une réponse régionale et internationale coordonnée.
Selon les chiffres disponibles, plus de 100 000 réfugiés congolais ont traversé la frontière burundaise au début du mois de décembre 2025, venant s’ajouter aux dizaines de milliers d’autres réfugiés déjà présents dans le pays. Dans un premier temps, ces nouvelles arrivées ont été installées dans des camps temporaires proches de la frontière, avant d’être transférées vers des sites plus éloignés, notamment le camp de Busuma, situé dans l’ancienne province de Ruyigi.
Malgré ces relocalisations, les conditions de vie restent extrêmement difficiles. Le désespoir grandissant a conduit plusieurs réfugiés à organiser des manifestations pacifiques pour réclamer l’autorisation de retourner en RDC, illustrant l’urgence d’une solution durable à une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver.



