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mardi, février 3, 2026
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Crise en RDC : le retour de la médiation africaine, entre illusion diplomatique et calcul politique

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Après une longue phase d’effacement  pour ne pas dire d’abdication politique  l’Union africaine et l’Angola refont surface dans le jeu diplomatique de la crise congolaise. Leur retour, présenté comme un sursaut africain salutaire, intervient toutefois dans un contexte où le conflit a largement été confisqué par des formats de négociation exogènes, reléguant les mécanismes continentaux à un rôle secondaire.

Les processus de Nairobi et de Luanda, initialement conçus comme des matrices africaines d’une solution durable, avaient été marginalisés au profit d’initiatives portées depuis Washington et Doha. Ces dernières, dans une logique de court-circuit diplomatique, prétendaient produire des résultats rapides là où les cadres africains avaient échoué ou s’étaient enlisé.

Or, la réactivation soudaine de la médiation africaine, incarnée par une diplomatie de haut niveau gravitant autour du président angolais João Lourenço, relève moins d’un tournant stratégique sincère que d’une manœuvre dilatoire. Elle semble viser à neutraliser  voire à saboter  les processus déjà engagés, tout en donnant l’illusion d’un recommencement vertueux, nourri de proclamations solennelles mais dépourvues de garanties concrètes.

Cette fuite en avant diplomatique trahit une mauvaise foi persistante de Kinshasa, désormais érigée en méthode de gouvernement et tacitement cautionnée par des partenaires internationaux lassés ou calculateurs. Le perpétuel retour au point zéro est accepté comme une fatalité, comme si la répétition incantatoire de cadres de médiation voués à l’échec pouvait se substituer à une véritable politique de résolution du conflit.

S’installe ainsi une diplomatie de l’atermoiement, où l’on feint d’agir tout en différant l’essentiel, multipliant les initiatives sans lendemain et frappant l’eau de coups d’épée aussi bruyants qu’inopérants.

Sur le terrain, la réalité militaire oppose un démenti brutal à ces illusions diplomatiques. La prise d’Uvira en décembre, événement à la fois symbolique et stratégiquement décisif, a marqué une rupture nette dans l’équilibre des forces. Le retrait ultérieur de l’AFC/M23 n’a constitué qu’un ajustement tactique, en aucun cas un renoncement stratégique.

Dans ce contexte, le retour de l’Afrique institutionnelle apparaît moins comme une initiative nouvelle que comme un retour à la case départ. Il révèle l’incapacité structurelle des médiations successives à s’attaquer aux causes profondes du conflit : la fragmentation de l’État congolais, l’économie politique de la guerre et l’instrumentalisation permanente de la violence comme mode de gouvernement.

La guerre comme stratégie de survie politique

Acculé militairement, privé de perspective de victoire décisive et confronté à une crise croissante de légitimité, le président Félix Tshisekedi semble avoir fait le choix d’une fuite en avant où la guerre tient lieu à la fois de paravent politique et de ressource stratégique.

Le dialogue, auquel il consent périodiquement, n’apparaît ni comme une conviction intime ni comme un projet politique assumé, mais comme une concession arrachée par la contrainte des faits  un temps de respiration imposé par l’échec militaire. Tout indique que cette adhésion reste fondamentalement tactique : gagner du temps, desserrer l’étau diplomatique, reconstituer des capacités militaires et se repositionner sur l’échiquier régional avant une reprise des hostilités.

La guerre devient ainsi un instrument de gestion du pouvoir, un cache-misère commode permettant d’éluder les exigences de reddition des comptes et de détourner l’attention des échecs patents d’une gouvernance minée par la corruption endémique, les détournements de fonds publics et la résurgence de logiques tribalistes corrosives pour l’unité nationale.

Dans cette configuration, la prolongation du conflit cesse d’être une simple tragédie nationale pour devenir un choix politique assumé, quoique inavouable. Maintenir la guerre tout en feignant l’ouverture au dialogue permet de suspendre le temps démocratique, de neutraliser l’opposition interne et de se poser en chef assiégé, présenté comme indispensable face au chaos.

Derrière le retour en apparence vertueux de la médiation africaine se dessine ainsi une réalité plus sombre : celle d’un pouvoir qui instrumentalise la diplomatie comme il instrumentalise la guerre, sans jamais rompre avec une logique de confrontation dont les premières victimes demeurent, inlassablement, les populations civiles de l’Est congolais.

Tant que le dialogue restera un simulacre et la guerre un calcul politique, aucune médiation  fût-elle africaine  ne pourra prétendre infléchir durablement le cours de ce conflit.

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