Le Rwanda a reconnu publiquement entretenir une coordination sécuritaire avec le mouvement AFC/M23, une déclaration rare et explicite sur un sujet au cœur des tensions régionales liées à l’insécurité persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Cette reconnaissance figure dans un document officiel transmis aux législateurs américains, dans lequel Kigali affirme avoir volontairement choisi la clarté afin de rétablir la confiance sur la scène internationale.
« Pour cette raison, le Rwanda s’engage dans une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23. Je le déclare clairement afin de bâtir la confiance par la transparence », indique le texte.
Cette formulation marque un tournant dans la communication diplomatique rwandaise. Jusqu’ici, Kigali rejetait les accusations d’implication directe ou les qualifiait de déformations de la réalité. Cette fois, le gouvernement assume ouvertement l’existence d’une coordination, tout en en précisant strictement la nature et les limites.
Une justification fondée sur la sécurité
Selon le Rwanda, cette coordination avec AFC/M23 doit être comprise exclusivement dans un cadre sécuritaire. Kigali affirme que la principale menace demeure la présence continue, dans l’est de la RDC, de groupes armés issus ou liés aux responsables du génocide de 1994 contre les Tutsi, notamment les FDLR.
Le gouvernement rwandais soutient que ces groupes n’ont jamais été complètement neutralisés et qu’ils continuent d’opérer à proximité immédiate de la frontière rwandaise. Des rapports des Nations unies ont, au fil des années, documenté des exactions attribuées à ces forces, y compris des massacres de civils et des violations graves des droits humains.
Dans ce contexte, le Rwanda présente sa coordination sécuritaire comme une mesure défensive, destinée à prévenir le retour d’insurrections transfrontalières similaires à celles qui ont gravement déstabilisé le pays à la fin des années 1990.
Pas de soutien politique, insiste Kigali
Le document insiste sur une distinction claire entre coordination sécuritaire et soutien politique. Le Rwanda affirme ne pas chercher à influencer la vie politique congolaise ni à promouvoir des groupes armés comme alternative à un processus politique inclusif.
Kigali décrit l’AFC/M23 comme un mouvement congolais ayant ses propres revendications vis-à-vis de Kinshasa, notamment en matière de discrimination, d’exclusion politique et de non-respect d’accords de paix antérieurs. Reconnaître l’existence de ces griefs, précise le texte, ne signifie pas les endosser politiquement.
Le Rwanda affirme que ses actions sont limitées à la protection de sa population et de son territoire, et qu’elles ne constituent ni une stratégie d’expansion ni une ingérence durable.
Une coordination conditionnelle et temporaire
Autre point central du document : le caractère conditionnel et temporaire de cette coordination. Kigali indique que, dans le cadre des Accords de Washington, il s’est engagé à réduire progressivement ses mesures sécuritaires, sous réserve de progrès vérifiables sur le terrain.
Parmi les conditions avancées figurent notamment le désarmement et le rapatriement des combattants des FDLR, le démantèlement de leurs structures de commandement et la fin de toute collaboration avec ces groupes au sein des forces armées congolaises.
Le Rwanda estime que l’échec des précédentes initiatives de paix tient précisément au non-respect de ces engagements, malgré des résolutions répétées du Conseil de sécurité de l’ONU.
Une stratégie assumée de transparence
En reconnaissant explicitement cette coordination, Kigali affirme vouloir rompre avec l’ambiguïté et imposer un débat fondé sur des faits déclarés plutôt que sur des accusations indirectes. Le choix des mots « je le déclare clairement » traduit une volonté de repositionner le Rwanda comme un acteur assumant ses décisions tout en exigeant une responsabilité équivalente de la part des autres parties.
Pour Kigali, la transparence devient ainsi un outil diplomatique face à une crise régionale complexe, où les récits concurrents ont souvent alimenté la méfiance internationale.
Reste à savoir si cette clarification suffira à apaiser les critiques. Mais en plaçant cette reconnaissance noir sur blanc, le Rwanda a clairement redéfini les termes du débat sur son rôle dans l’est de la RDC, en l’ancrant dans une logique de sécurité, de conditions vérifiables et de responsabilité partagée.



