Dans l’est de la République démocratique du Congo, la prise de contrôle de la localité de Point-Zéro, dans le territoire de Fizi (Sud-Kivu), marque un tournant stratégique majeur dans la dynamique sécuritaire autour de Minembwe. Cette zone, récemment passée sous le contrôle du MRDP-Twirwaneho, après le retrait des forces burundaises, est considérée par les observateurs comme l’un des points névralgiques les plus sensibles de la région.
Un carrefour géographique au cœur des hauts plateaux
Située dans une zone montagneuse difficile d’accès, Point-Zéro est bien plus qu’une simple localité. Elle constitue un carrefour stratégique reliant plusieurs axes majeurs, notamment Minembwe, Mikenke, Kipupu, Miki et Mwenga. Sa position géographique en fait un passage obligé pour toute circulation de personnes, de biens et de véhicules à destination ou en provenance des hauts plateaux de Minembwe et du massif d’Itombwe.
Dans le langage militaire, Point-Zéro est également connue sous l’appellation de Kilomètre Zéro, une dénomination qui reflète son importance tactique. Le contrôle de cette zone permet une surveillance étroite de l’ensemble des mouvements sur les principaux axes routiers de la région.
Un avantage militaire déterminant
Sur le plan strictement militaire, détenir Point-Zéro offre un avantage stratégique considérable. Des sources sécuritaires indiquent que toute force y étant déployée peut accéder plus facilement aux villages situés sur les plateaux orientaux de Minembwe, notamment Kwa Mulima, Lusuku, Kanguli et Nakiele. Ces zones, majoritairement habitées par des communautés locales, constituent des points sensibles dans l’équilibre sécuritaire régional.
Pour les analystes, la maîtrise de Point-Zéro permet non seulement de sécuriser Minembwe, mais aussi de projeter une influence militaire sur une vaste partie du Sud-Kivu intérieur.
La clé de l’axe Minembwe–Baraka
Un autre élément central réside dans le fait que Point-Zéro commande l’axe stratégique menant à la ville de Baraka, sur les rives du lac Tanganyika. Baraka est un centre urbain important, tant sur le plan économique que logistique. Le contrôle de cet axe permet de réguler, voire d’interrompre, les flux entre les hauts plateaux et les zones riveraines du lac.
Cette réalité confère à Point-Zéro un rôle décisif dans l’équation sécuritaire entre l’arrière-pays montagneux et les centres urbains du Sud-Kivu.
Un enjeu majeur pour les télécommunications
La localité abrite également des infrastructures critiques de télécommunications, notamment des antennes de l’opérateur Vodacom. Ces installations constituent la principale et parfois l’unique source de réseau téléphonique et Internet pour de vastes zones montagneuses, s’étendant de Bijombo à Rugezi, ainsi que de Mikenke à Miki.
Le contrôle de Point-Zéro implique donc aussi la maîtrise des communications dans une région déjà enclavée, un facteur clé aussi bien pour les opérations militaires que pour la vie quotidienne des populations civiles.
Un basculement symbolique et stratégique
Avant sa prise par Twirwaneho, Point-Zéro représentait la dernière position majeure, autour de Minembwe, encore tenue par la coalition des forces pro-gouvernementales, incluant notamment les forces burundaises. Sa chute symbolise ainsi la perte du dernier verrou sécuritaire dans les hauteurs entourant Minembwe.
Désormais, selon plusieurs sources locales, l’ensemble des collines stratégiques autour de Minembwe se trouve sous le contrôle des forces alliées à Twirwaneho, modifiant profondément le rapport de force dans cette partie du Sud-Kivu.
Une zone au cœur des équilibres régionaux
En définitive, Point-Zéro apparaît comme un point de convergence des enjeux militaires, logistiques, économiques et technologiques dans l’est de la RDC. Sa maîtrise dépasse largement le cadre local et s’inscrit dans une reconfiguration plus large des équilibres sécuritaires dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.
Pour les observateurs, ce développement confirme une fois de plus que, dans cette région, la géographie demeure l’un des facteurs les plus déterminants du conflit.




