- Quand les paroles remplacent les décisions et que l’exécutif dérive sans boussole Chapô (Lead)
Les sorties médiatiques incontrôlées de ministres congolais, notamment sur les questions de défense, de sécurité et de diplomatie, ne relèvent plus de simples erreurs de communication. Elles révèlent une crise profonde de gouvernance, marquée par l’effritement de l’autorité exécutive et l’absence de discipline institutionnelle au sommet de l’État.
Une gouvernance sans coordination
Les déclarations publiques répétées et non concertées de membres du gouvernement congolais traduisent un malaise structurel au cœur de l’exécutif. Là où devrait s’imposer une ligne politique claire et cohérente, l’État donne l’image d’un pouvoir fragmenté, où chaque ministre agit selon sa propre lecture des enjeux nationaux.
Ce désordre communicationnel est le symptôme d’un vide hiérarchique. L’exécutif ne fonctionne plus comme un instrument unifié au service d’une vision stratégique, mais comme une juxtaposition de volontés individuelles, parfois concurrentes, souvent contradictoires.
La parole au lieu de l’action
Dans un État gouverné avec rigueur, les orientations présidentielles se traduisent par des décisions exécutoires, appuyées par des mécanismes clairs de suivi, de sanction et de responsabilité. En République démocratique du Congo, la gouvernance semble désormais se limiter à un exercice de communication politique, où la parole publique se substitue à l’acte administratif.
Les rappels à l’ordre répétés du président Félix Tshisekedi à ses ministres pour non-exécution de ses instructions illustrent cette dérive. Loin de rétablir l’ordre, ces interpellations publiques exposent une incapacité persistante à imposer une autorité hiérarchique effective.
Dans tout système institutionnel fonctionnel, l’autorité s’exerce par des actes concrets : sanctions disciplinaires, mises en demeure, révocations. En RDC, elle se dilue dans des admonestations verbales répétées, sans effet réel sur le fonctionnement de l’appareil d’État.
Un leadership exécutif en panne
Privé de discipline collective et d’objectifs hiérarchisés, le gouvernement apparaît aujourd’hui comme une entité fragmentée et non gouvernante. La chaîne de commandement est affaiblie, le cap stratégique est flou, et les ministres, affranchis de toute contrainte tangible, évoluent selon leurs propres agendas politiques.
La Première ministre, pourtant chargée de la coordination gouvernementale et de la discipline administrative, semble cantonnée à un rôle essentiellement protocolaire. Derrière cette façade institutionnelle, le désordre s’installe durablement.
Cette vacance de leadership révèle une réalité préoccupante : le sommet de l’État peine à exercer un contrôle effectif sur l’ensemble de l’exécutif, transformant le Conseil des ministres en un espace d’expressions publiques plutôt qu’en un organe décisionnel.
Un État fragilisé
Les conséquences de cette dérive sont lourdes. L’indiscipline ministérielle nourrit une anarchie bureaucratique qui affaiblit l’efficacité de l’action publique, compromet la cohésion sociale et érode la crédibilité internationale de la République démocratique du Congo.
À défaut d’un sursaut institutionnel fondé sur l’autorité, la responsabilité et la discipline, l’exécutif congolais risque de s’enliser durablement dans une gouvernance de façade, incapable de répondre aux défis sécuritaires, économiques et sociaux du pays.



