22.7 C
Afrique
samedi, avril 25, 2026
AccueilNewsLa tuerie de bétails par l'armée Congolaise et Burundaise fait partie des...

La tuerie de bétails par l’armée Congolaise et Burundaise fait partie des méthodes de détruire l’existence de la communauté Banyamulenge.

Date:

Related stories

spot_imgspot_img
Afrovera Advertisement

Les recherches scientifiques n’indiquent pas d’attaques spécifiques d’animaux contre des Juifs pendant l’Holocauste. L’idéologie nazie utilisait des métaphores animales pour déshumaniser les victimes. En RDC, les deux sont faits.

Récemment, il y a eu des images tragiques qui circulent sur les médias sociaux. Ces images montrent la cruauté des actes de l’armée congolaise et burundaise qui s’attaquent par drones au bétail appartenant à la population banyamulenge à Minembwe. Au Nord et Sud Kivu, dans ces cinq dernières années, plus de 1,8 million de vaches ont été tuées ou volées par l’armée nationale et coalition avec des groupes armés.

 Les motivations derrière ces attaques.

Les auteurs de ces attaques ne sont pas seulement motivés par des instincts primitifs, mais aussi par une idéologie et agissent de concert avec des acteurs étatiques. Les violences infligées au bétail impliquent souvent des souffrances délibérées, dans le but de nuire à leurs propriétaires, car ces animaux sont perçus par les agresseurs comme étant eux-mêmes des Tutsis, ou du moins comme des symboles de l’ethnie tutsi.

Une journaliste belge, Colette Blackman, a alimenté des rumeurs concernant des centaines de têtes de bétail aperçues à Kwango, dans la région du Congo Central. Elle affirmait que le bétail tutsi « portait des AK-47 ». Cette histoire a été amplifiée par des centaines de théories du complot prétendant que des Tutsi se cachaient à l’intérieur de grosses vaches.

Illustration par l’utilisation de la violence sexuelle pendant le génocide contre les Tutsi au Rwanda.

Il existe un parallèle encore plus inquiétant. Lors du génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda, on estime qu’entre 250 000 et 500 000 femmes ont été violées, mutilées ou assassinées. Les violences sexuelles ne se limitaient pas au viol au sens conventionnel du terme ; le corps des femmes tutsi était perçu et représenté non seulement comme un symbole de leur ethnie, mais aussi comme un site physique de leur ethnie et un instrument de violence contre le groupe ethnique tutsi et leurs familles.

Le rôle du bétail dans la vie socio-économique chez les Banyamulenge.

Au Nord et au Sud-Kivu ainsi qu’en Ituri, l’élevage bovin est un pilier de la subsistance économique des Bahema (en Ituri) et des Tutsis/Banyamulenge du Nord et du Sud-Kivu. Chaque famille pratique cet élevage et toute la communauté dépend de cette source de richesse.

Le bétail est au cœur du mode de vie de ces populations et revêt une importance presque aussi grande que les êtres humains. Il symbolise la richesse et la réussite.

Ces communautés dépendent du bétail, et les vaches dépendent d’elles. À titre d’exemple, les Banyamulenge préparaient encore, jusque dans les années 1970, l’ikerenve, un aliment à base de sang prélevé sans douleur sur l’animal vivant, et ce dernier leur fournit encore aujourd’hui l’élément principal de leur alimentation : le lait.

Sur le plan social, le bétail est offert en cadeau pour renforcer les liens familiaux (Guhana ou gushumbusha) et tisser des liens d’amitié. En cas de catastrophe ou d’épidémie affectant les troupeaux, une collecte de bétail est organisée pour venir en aide aux populations. Parfois, de tels présents sont offerts à ceux qui n’ont tout simplement pas assez de bétail. Ce type de rapprochement avec d’autres tribus de la RDC est appelé Ubgwira.

Les cornes séchées servent de récipients à eau et d’instruments de musique. L’Ingunga, cuir issu des peaux de vache, était autrefois une source importante de vêtements avant l’introduction des textiles modernes et est encore utilisé pour la fabrication d’instruments de musique comme les tambours, Ingoma ou Ikondera, ainsi que pour la literie. La bouse (amase) de vache joue un rôle essentiel comme engrais biologiques ou dans la construction des huttes : mélangée à de la terre humide, elle sert comme le ciment à caler les poteaux au sol et à réaliser un mûr solide.

Le bétail joue également un rôle majeur dans les rituels religieux et culturels tels que les fiançailles et le mariage. Il est un élément important de la cérémonie de fiançailles. Après la demande en mariage lors d’une petite cérémonie appelée kubaza, et si la famille de la jeune fille y consent, la famille du futur époux arrive avec quelques belles vaches sélectionnées, symbolisant le gufata irembo – « une parole a été prononcée et une promesse faite ».

Quelques mois plus tard, viennent les négociations officielles concernant la dot, qui portent à nouveau sur le bétail. Le débat ne porte pas sur la valeur matérielle de la mariée : plus la famille de la jeune fille reçoit de bétail, plus elle pourra en offrir au futur époux, le kurongoranya. Le futur marié a donc intérêt à ce que sa famille donne davantage de bétail. Selon les familles, le « prix de la dot » peut atteindre vingt vaches. Le beurre, amavuta y’inka, joue un rôle central dans la tradition aussi, pour équilibrer la nutrition mais aussi comme produit de beauté.

Les motivations des acteurs de s’attaquer au bétail ne sont pas juste des actes criminels et barbares.

L’importance du bétail dépasse donc largement sa simple valeur alimentaire. À l’instar des êtres humains, les bêtes ont une personnalité propre et peuvent recevoir des noms flatteurs. Leurs propriétaires communiquent avec elles par des chants traditionnels, des poèmes ou des sifflements, leur indiquant quand aller s’abreuver, quand venir traire, etc. Pour qu’elles aient suffisamment à manger et à boire, il est absolument essentiel qu’elles continuent à vivre de l’élevage : les hommes les conduisent vers de meilleurs pâturages, gusuhura, pendant la saison sèche et n’ont d’autre choix que de prendre des risques en s’aventurant dans des zones dangereuses.

Cette signification traditionnelle est la principale raison pour laquelle les gouvernements de la RDC et du Burundi et les groupes armés qu’ils soutiennent ciblent le bétail : détruire les moyens de subsistance et saper la viabilité économique des Tutsi, car les attaques violentes contre leur bétail sont perçues comme des attaques contre leurs propriétaires.

Par Dr Alex Mvuka

Afrovera Advertisement

Latest stories

spot_img

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici